Archives pour 23 mars 2008

Dites moi ce que vous n’aimez pas chez vous…
EQUINOX FITNESS
What’s your after?
It’s not fitness. It’s life.

Advertising Agency: Fallon Worldwide
Via: Kuteev
PommeQ

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C’est gratuit mais moi cela me fait rire…
PommeQ

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Petite soirée en tête à tête, cette semaine…
Quelques makis à Montparnasse…
Quelques sushis les yeux dans les yeux…
Une séance de cinoche seuls au monde… au milieu d’une salle bondée…

MR1.jpgSéance du jeudi soir :

MR73

GAUMONT PARNASSE
Date de sortie : 12 Mars 2008
Réalisé par Olivier Marchal
Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Gérald Laroche, Catherine Marchal, Francis Renaud, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Virginia Anderson, Louise Monod
Film français.
Genre : Policier
Durée : 2h 4min.
Année de production : 2007
Distribué par Gaumont Distribution

Après la surprise 36 quai des orfèvres, Olivier Marchal n’avait qu’une obsession : « ne pas décevoir ». L’auteur/réalisateur savait que son nouveau film serait attendu au tournant et qu’il lui faudrait une fois de plus tout remettre à plat. Heureusement, refusant de se reposer sur ses lauriers, l’homme qui a sauvé le polar français a choisi de radicaliser son propos tout en restant fidèle à son univers et à sa démarche. Résultat : MR-73, le dernier volet de sa trilogie sur la police, est une véritable perle noire, un grand polar funèbre et humain, une virée désespérée dans les égouts de l’humanité, à la recherche d’une ultime étincelle de vie.
Olivier Marchal ou l’homme providentiel. En 2004, lorsque 36 sort sur les écrans, tout est encore à (re)faire. Piégé entre des téléfilms formatés et des films d’auteurs cafardeux et moralistes, le polar français est en état de coma dépassé. Les producteurs n’y croient plus et les spectateurs ne se déplacent plus. Après être passé par la case police et la case télé, Marchal débarque dans le cinéma français avec Gangsters, un premier film intéressant mais inabouti. Comme beaucoup d’autres ex-flics passés du côté de la fiction, il est regardé comme un auteur susceptible d’apporter un certain vérisme au genre mais certainement pas comme un cinéaste. Gros malentendu : Marchal n’est pas qu’un policier de plus voulant faire du cinéma (qui a dit Contre-enquête ?), c’est avant tout un amateur de polars et un cinéphile qui est rentré dans la police parce qu’il avait grandi en admirant des flics de papier ou de pellicule. Pas étonnant donc que Marchal s’investisse autant dans ses films policiers. La police et le cinéma : les deux grandes affaires de sa vie. C’est assurément ce degré d’implication quasiment viscéral qui fera de 36 à la fois un grand film et un grand succès populaire, et ce malgré des têtes d’affiche peu surprenantes et un gros studio français à la tête du projet. Les retombées de ce succès marqueront une véritable renaissance du genre, une flopée de nouveaux polars fleurissant progressivement sur nos écrans. En un film, Marchal aura imposé un ton, un univers, des gueules que l’on retrouvera d’ailleurs un peu partout dans les années qui suivront (c’est peu dire que le cinéaste a quasiment mis sur orbite une nouvelle génération de seconds couteaux typés qui manquait cruellement au cinéma de genre français).
Après ça, Marchal aurait pu verser dans la surenchère, refaire du polar prestigieux, bardé de stars, de bagnoles rutilantes et de décors opératiques. Au risque de s’y perdre. Il a préféré embrayer sur une tragédie à hauteur d’homme, un “petit” film noircissime, une histoire ô combien importante pour lui puisqu’elle est inspirée d’un fait divers qui a provoqué son départ volontaire de la police. Dès le départ, on sent cette volonté de rentrer dans le vif du sujet en collant de près à la déchéance de son héros. Porté par la belle voix triste de Leonard Cohen et filmé par une caméra profondément empathique, le superbe générique de MR-73 (toutefois précédé d’une courte introduction quelque peu sentencieuse) impose en quelques minutes la situation et l’état d’esprit d’un personnage avec une efficacité et un sens du lyrisme qui fait la plupart du temps défaut à nos polars franco-français. Car, une fois de plus, Marchal s’inscrit en faux contre cette esthétique dominante du naturalisme falot qui gouverne actuellement le film policier bien de chez nous. Alors qu’il s’était déjà fait reprocher la musique envahissante ou les filtres trop voyants de 36, le cinéaste récidive et va même encore plus loin. MR-73 risque donc d’être un calvaire pour les tenants d’un cinéma français adepte du profil bas visuel, pour ceux qui hurlent à la bouillie hollywoodienne dès qu’un film français essaie de raconter quelque chose avec des images.
En revanche, pour les autres (entendez ceux pour qui la fiction se doit d’être une sublimation, et non une photocopie, de la réalité), c’est du tout bon. Qu’il s’agisse d’une baston sous la pluie, d’un duo de flics arpentant les quais d’un port désert ou encore d’un taulard tatoué et nu en train de prendre sa douche, Marchal n’évite aucune figure imposée du genre et cite ses classiques de manière totalement décomplexée. Les héros de Marchal sont d’authentiques héros de polars et ne s’en excusent pas : ça gueule, ça pisse le sang, ça picole sec, ça fume trois paquets de clopes par scène, ça se flingue à coups de shotgun, etc. Tout y passe, et sans retenue. Pourtant, ça marche du tonnerre, car toutes ces images, tous ces archétypes collés les uns aux autres arrivent à raconter une histoire, à s’intégrer dans un projet d’ensemble qui habite littéralement Marchal et qu’il désire plus que tout communiquer à son public. Sans doute, parce que, ici encore plus que dans ses autres films, le cinéaste donne l’impression qu’il est vital pour lui de se délester de cette histoire.
MR-73 transpire le travail à chaque plan. Que ce soit dans la direction d’acteurs (la bande à Marchal, Francis Renaud, Gérald Laroche, Catherine Marchal et les autres, sont une fois de plus tous parfaits), dans la photographie ou dans la scénographie, on sent que Marchal a tout donné, qu’il a fait en sorte de raconter son histoire de la meilleure manière et en soignant le moindre détail. Ainsi, l’idée de situer l’action à Marseille ne relève sans doute pas que d’une volonté de renouveler l’imagerie du polar français. La capitale phocéenne et sa région sont ici filmées, non pas comme un lieu de villégiature, mais comme une sorte d’enfer méditerranéen, glauque et suintant. Si la ville se dévoile la nuit dans toute sa crasse et sa violence, de jour, elle se pare d’une lumière aveuglante qui, par le biais d’une photo surexposée, suggère habilement l’état vaseux et hébété de Schneider le flic alcoolique. Schneider, le nocturne qui craint la lumière et qui se réfugie dans les ténèbres (dans tous les sens du terme). A contrario, son double existentiel, la fragile Justine, essaie de fuir ces mêmes ténèbres qui la terrorisent depuis cette nuit atroce où Subra a massacré ses parents (comme on le verra vers la fin, lors de cette scène de nuit quasiment opaque où la jeune fille sent que le tueur s’est à nouveau glissé dans sa demeure). Tout le film se résume à ce parcours croisé bouleversant : Schneider, qui a jadis ouvert le placard où s’était réfugiée Justine, arrachant littéralement la fillette aux ténèbres, doit désormais prendre sa place pour que cette dernière retourne à la vie. Deux cheminements parallèles néanmoins intimement liés l’un à l’autre et dont l’interdépendance tragique culminera lors d’un final déchirant, aussi noir que lumineux, aussi logique que surprenant. Un final qui boucle la boucle de cette histoire mais qui permet également à Olivier Marchal de régler ses comptes avec le flic qui, il y a de ça une vingtaine d’années, a ouvert un placard et recueilli une petite fille qui venait de traverser l’enfer. On aurait presque envie de dire « repose en paix Olivier Marchal », si ce n’est que le bonhomme est parfaitement vivant et qu’il vient de le prouver avec un sacré putain de polar.
Chapeau l’artiste !
PommeQ

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