Presque en même temps que l’expo SEDUCED à la galerie Barbican de Londres, la très vénérable Bibliothèque nationale de France ouvre l’accès à une part mystérieuse de son fonds, réservé aux ouvrages érotiques et pornographiques.
L’Enfer de la Bibliothèque propose une passionnante plongée dans la littérature et l’imagerie de l’Eros, de l’Arétin à Georges Bataille, en passant par Sade, Pierre Louÿs et André Masson.

Enfer1.jpg« Enfer : endroit fermé d’une bibliothèque où l’on tient les livres dont on pense que la lecture est dangereuse » (définition du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse).
La Bibliothèque nationale, dans sa mission encyclopédique d’inventaire des parutions françaises, ne pouvait éviter de porter au dépôt légal les ouvrages dits libertins, qui depuis les débuts de l’imprimerie inondent le marché du livre.
L’exposition, érudite, déroule précisément l’histoire de cette section cachée. C’est au milieu du XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, sommet de l’époque libertine, que les conservateurs de la Bibliothèque nationale opèrent une séparation entre ouvrages orthodoxes et « romans licencieux ». En 1830, au plus fort de la censure, le nom d’Enfer est donné à cette section distincte, cachée à la vue de la plupart des usagers de la bibliothèque et conservée à la Réserve des Livres rares.
En 1913, en douce, Guillaume Apollinaire, avec ses comparses Fleuret et Perceau, en rédige un catalogue imprimé. Cachés, les ouvrages de l’Enfer suscitent curiosité et fantasmes. Près de 350 œuvres révèlent cette part cachée de l’histoire de la littérature et de l’estampe, rarement mentionnée dans les historiographies.

Enfer2.jpgLà on découvre que la littérature érotique a été d’autant plus occultée qu’elle allait bien souvent de paire avec le pamphlet et un discours politique d’opposition. L’exemple le plus célèbre en est le marquis de Sade, à la fois maître incontesté de la littérature érotique et opposant politique. Autres grandes figures : Diderot et sa Religieuse, Pierre Louÿs, auteur érotique prolifique mais caché, ou Georges Bataille, illustré par Hans Bellmer ou André Masson.
A cette damnation de la littérature correspond également le bannissement de l’image : le département des Estampes et de la Photographie comporte lui aussi un Enfer. On y trouve notamment d’extraordinaires estampes japonaises érotiques, scènes mêlant raffinement extrême et représentation caricaturale des sexes, ou les somptueuses et terribles gravures du baudelairien Félicien Rops. Dans la gravure occidentale, les scènes des amours des dieux, thème récurrent de la peinture classique, sont ici présentées littéralement sans voile, crûment, selon un très sérieux Recueil de postures érotiques, au nombre exact de vingt-et-un. Au XIXe siècle, la photographie remplace la gravure, et circulent sous le manteau vignettes et cartes postales.

La combinaison de l’humour et d’une caution scientifique permet à l’exposition de regarder, d’écouter et de lire avec lucidité les productions artistiques liées à l’érotisme depuis cinq siècles. Cependant, on peut se demander si, exposés ainsi, les objets érotiques n’en perdent pas un peu de leur mystère et de leur capacité à susciter le fantasme. Secret et dissimulation ne sont-ils pas le sel de l’érotisme ? Et d’inciter chacun, dès lors, à se constituer son cabinet érotique, son Enfer personnel.

L’exposition est interdite aux moins de 16 ans

L’Enfer de la Bibliothèque. Eros au secret
Paris, Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand)
Du 4 décembre 2007 au 2 mars 2008

PommeQ

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