Ce soir c’est soirée au Comique, invités par Mister B, pour un des derniers spectacles de Jérôme SAVARY avant son départ à la retraite forcée (Et oui, c’est pas tous les jours facile de garder la direction d’un theatre publique en France passé 60 ans… Et croyez moi que pour en avoir parlé avec lui et ses proches plus d’une fois, cette retraite est loin d’être voulue par l’interressé… hein Chouchou…)

La pièce du jour:

A LA RECHERCHE DE JOSEPHINE
Par Jérôme Savary / Opéra COMIQUE

Le spectacle commence par une complainte déchirante du Vieux Sud sur les ruines de New Orleans dévastée par Katrina. Puis une voix grave et ténébreuse s’élève. Sorte d’allégorie en gabardine et haut-de-forme élimé, le vieux Joe nous raconte un monde emporté par l’ouragan : celui d’une ville où Noirs et Blancs étaient unis par le jazz et nourrissaient la cité désormais entre les mains d’un président pro-Wasps. ‘A la recherche de Joséphine’ est donc loin d’être une énumération biographique plate de la célèbre danseuse. C’est une sorte de fable où se mêlent histoire du jazz et question identitaire des Noirs qui se dessine à travers le destin de cette native du Mississippi. Le spectacle de Savary ne craint pas de nous renvoyer les clichés que le colonialisme a façonné au cours des siècles : le bon sauvage venu d’Afrique, Duke Ellington aux joues de montgolfière puis Joséphine Baker et sa couronne de bananes, le Paris des années vingt à ses pieds, les hommes de pouvoir sur son oreiller. Le grand monsieur de la balle nous fait passer du rire au blues, étonnant sans cesse par l’audace de sa mise en scène dont le modernisme n’est pas une fin en soi mais une interprétation intelligente du monde qui nous entoure. A part lui, qui aurait osé mettre des rappeurs exécutant des claquettes ? Servi par une troupe de danseurs outre-Atlantique au niveau époustouflant, ça claque, ça jazz, ça bouge, ça joue du tam-tam et les applaudissements rythmés des spectateurs participent à cette euphorie collective, le souffle brûlant de l’Afrique en arrière-plan.
Et surtout retenez bien ce nom : Nicolle Rochelle, LA ‘Joséphine’ de Savary. Perle couleur café, belle, séduisante, drôle, dont le corps enflamme la scène, royale en paillettes et fourreau, entonnant magnifiquement ‘J’ai deux amours’. Exceptionnel, à travers un public métissé, on voit un brassage culturel palpable dans les sièges en velours de l’Opéra-Comique, prouvant combien ce spectacle fédérateur dépasse tous les clivages
Une bien jolie soirée…
PommeQ

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